Soutien à la mobilisation populaire en Algérie, libération de tous les prisonniers d’opinion

Le trente-et-unième vendredi du hirak algérien, le 20 septembre, a vu déferler les marées humaines dans les rues d’Alger et dans toutes les villes du pays. Le quotidien algérien El Watan a titré : « Marche grandiose contre Gaïd Salah », alors que le général Gaïd Salah avait annoncé le blocage de l’entrée à Alger, en indiquant qu’il avait instruit la Gendarmerie en ce sens y compris avec « l’interpellation des véhicules et des autocars ». Dans cette convergence vers Alger, des jeunes portaient des tee-shirts avec les matricules d’autres wilayas inscrits sur le dos. « Le peuple a libéré la capitale du blocus ». Le CDFN de la FSU s’est tenu à la veille de cette journée où des milliers de personnes qui scandaient « nous voulons un état civil et non militaire », « le peuple veut la destitution d’Ahmed Gaïd Salah ».

Les élections n’auront pas lieu sans l’accord du peuple algérien

Intervention d’Émancipation au CDFN (17-18 septembre 2019)

Le 2 septembre, le chef d’état-major, le général Gaïd Salah annonçait : « Il est opportun de convoquer le corps électoral le 15 septembre et que les élections puissent se tenir dans les délais fixés par la loi », soit « quatre-vingt-dix jours avant la date du scrutin » présidentiel (à la mi-décembre). Suite à cet ultimatum du chef de l’armée, en moins d’une semaine, deux lois organiques ont été promulguées et dans un discours à la nation le 15 septembre, le président par intérim Bensalah annonçait des élections pour le 12 décembre 2019.

Et alors que depuis le 21 juin, les forces de sécurité ont lancé une vague d’arrestations dans tout le pays, alors qu’une quarantaine de manifestants inculpés « d’atteinte à l’intégrité du territoire » et passible de 10 ans de prison sont toujours détenus pour avoir simplement brandi un drapeau amazigh, la répression ne cesse de s’accentuer : arrestations, interdiction de réunions, de rassemblements, blocage de sites d’informations indépendants.

Le 9 sept l’ONG Human Righ Watch a publié un tableau des violations des droits et de l’intensification de la répression (en aout un journaliste de l’ONG est arrêté, détenu, puis expulsé) ; d’autres journalistes de l’AFP, de Reuters ont subi le même sort. On peut notamment noter les faits suivants :

  • Mouaffak Serdouk, un supporteur algérien de l’équipe d’Algérie de football, a été condamné pour avoir brandi devant un stade du Caire où le pays jouait pour la Coupe d’Afrique des nations, une pancarte où on pouvait lire : « Il n’y a de Dieu que Dieu ; Yetnehaw Ga’ ! » (« Qu’ils partent tous ! »).
  • Lakhdar Bouregaa, 87 ans, un des rares vétéran connu de la guerre d’indépendance toujours en vie, et qui a soutenu depuis le début les manifestations, a été arrêté, le 30 juin, à son domicile d’Alger, poursuivi pour « atteinte au moral de l’armée », ce qui est passible de jusqu’à dix ans d’emprisonnement.
  • Interdictions de réunions : interdiction de la réunion du 27 août à l’initiative du Rassemblement action jeunesse (RAJ), un groupe actif dès dans les manifestations depuis leurs débuts ; interdiction d’une réunion prévue à Alger par le Front des forces socialistes, le Rassemblement pour la culture et la démocratie et le Parti des travailleurs – membres de l’alliance Forces de l’alternative démocratique.
  • Le 11/09 Karim Tabbou un opposant très populaire du hirak, porte-parole du parti (non agréé) de l’Union démocratique et social (UDS), est arrêté et incarcéré pour « atteinte » au moral de l’armée. Comme Louisa Hanoune, il risque jusqu’à 10 ans de prison.
  • Le 13/09, 22 manifestants sont arrêtés à Alger, poursuivis pour atteinte à l’ordre public puis mis en prison. À l’annonce des premières décisions de placer sous mandat de dépôt les premières personnes, les avocats ont décidé de boycotter la présentation des détenus devant le juge d’instruction car, disent-ils, «  il s’agit d’un procès politique où la décision de les mettre tous sous mandat de dépôt a été déjà prise ailleurs ».

Et alors que les rassemblements d’Algériens en soutien au hirak se poursuivent, Le Drian, comme Macron, se tait sur la répression ordonnée par Gaid Salah. Pour Le Drian, les Algériens devraient trouver « ensemble » le chemin d’une transition démocratique »  ; « Ensemble »  ? Donc avec le régime militaire corrompu dont ils exigent le départ.

La politique extérieure de Macron se situe dans la droite ligne de sa politique intérieure. Le soutien qu’il apporte aux dictatures (à Poutine qui massacre les civils en Syrie et emprisonne les opposants politique, à l’Arabie Saoudite, à l’Égypte où la dictature utilise des armes françaises pour réprimer la population, etc.) participe de la même politique de casse de tous les acquis sociaux en France et de répression des mobilisations.

En annonçant un débat sur la question migratoire à l’AN le 30 septembre, puis au Sénat, Macron s’affiche ouvertement sur le terrain du FN.
Pour notre syndicat, pour la FSU, la solidarité de classe que nous devons apporter aux mobilisations populaires qui se développent en Algérie depuis 7 mois, implique de combattre résolument et sur toutes les questions, Macron et sa politique, sans aucune concession.

Motion Émancipation :
soutien à la mobilisation populaire en Algérie, libération de tous les prisonniers d’opinion

Durant l’été, et en plus grand nombre encore vendredi dernier 13 septembre, le peuple algérien a manifesté pour faire entendre ses revendications démocratiques. Il refuse, en particulier, toute élection qui serait contrôlée par l’appareil militaire au pouvoir. Il refuse le « dialogue » avec le pouvoir du général Gaid Salah.

À nouveau, après la 29e marche (6 septembre), lors de la 30e marche, le 13 septembre, les slogans scandés par la foule qui déferle à Alger réaffirment ce refus : « pas d’élection avec la bande », « votre crédit n’est pas suffisant pour organiser des élections », « écoute, Gaïd Salah, État civil, pas militaire », « Gaïd Salah, Ben Salah dégagez », « les généraux à la poubelle et l’Algérie accèdera à l’indépendance » …

Le « Comité pour la libération des détenus » (CNLD) constitué le 26 août à Alger (regroupant des avocats, des journalistes, des enseignants, étudiants, syndicalistes, les familles des détenus…) dénonce avec force les violences policières et se mobilise pour la libération de tous les détenus d’opinion. Cette exigence est aussi portée dans les manifestations en Algérie.

La FSU apporte son soutien à la mobilisation populaire en Algérie.

Elle exige la libération immédiate de tous les détenus d’opinion.

Mais alors que les manifestants affirment haut et fort leur refus de « dialogue » avec le « régime » algérien dont ils demandent le départ, alors que la répression se durcit, le 8 septembre sur la chaîne CNews, le ministre français Le Drian réaffirme les propos tenus déjà le 12 juin, puis le 30 août.
« Nous pensons que la voie du dialogue doit s’imposer. Il faut que les Algériens trouvent eux-mêmes les voies du dialogue ».

Ce faisant, Le Drian, portevoix de Macron, prend ainsi le contrepied des revendications du peuple algérien, ce qui ne peut que conforter Gaïd Salah dans sa volonté de briser la mobilisation populaire.

Cette position est inacceptable.

La FSU exige que le gouvernement français mette fin à tout soutien au pouvoir algérien.

Pour : 20 ; Contre : 65 ; Abstention : 0 ; NPPV : 39